2/3 – Un été résolument Hill Country aux States et jusqu’en Europe

François Hatot pour Blues’n Co. 115 Mars 2026

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FR : La bande de Kaspar « Berry » Rapkin and the Swamp Dogs, un trio anglais de Gunthorpe, a livré en octobre le second épisode de son vlog pendant ce voyage/tournée aux USA et leurs passages au Red’s Juke Joint de Clarksdale (MS), puis au Blue Front Café de Jimmy « Duck » Holmes, ce qui nous a mis en appétit. Ce type de format, filmé et monté en direct ou en léger différé, permet de plonger au cœur de ce voyage initiatique, dans les coulisses de ces lieux mythiques mais modestes, même et surtout sans idéalisme. Il nous plonge en immersion au cœur de nos rêves de gosses. Cette vidéo s’appelle Juke Joint Journal et raconte le road trip de blueseux européens.

En juin 2025, la saison des festivals a commencé outre-Atlantique, dans le Mississippi, et on a vu apparaître cet été tout un florilège de géants anonymes, peu médiatisés en France mais qui font le son du Hill Country d’aujourd’hui. Entre jam sessions, festivals et anniversaires, cet été a réuni l’ensemble de la scène américaine dans le comté de Yazoo (d’où est originaire nul autre que Skip James). Par exemple, entre le 19 et le 21 juin, pendant trois jours et trois nuits, se sont succédé sur scène à Bentonia, comme tous les ans depuis 1972 (N.d.r. : au Bentonia Blues Festival), 20 groupes d’artistes en chair et en os. Vu d’ici, ce festival, « joyeux bordel », est l’occasion pour ces musiciens locaux ou moins locaux de jouer ensemble, de présenter des projets et de faire des rencontres musicales. Il n’est pas rare que les uns et les autres s’invitent pour un set ou deux : cette boîte de Petri est le laboratoire joyeux du Bentonia Sound. Dans le même temps, hors scène, on voit au Blue Front se multiplier les sets improvisés et les jam sessions avec les musiciens in et des musiciens venus participer au festival comme spectateurs. Là encore, le creuset du Blue Front est indispensable. Devant un public restreint et averti, les jams se poursuivent tard dans la nuit, sous l’œil bienveillant de la figure tutélaire de Jimmy « Duck », qui est incontournable. Ce dernier a sorti un album en 2025, intitulé Bentonia Blues / Right Now, sous le label de Ryan Lee CrosbyCrossnote Records. Nous lui consacrerons dans le prochain numéro plusieurs pages, ainsi qu’au Bentonia Style. Vous pouvez d’ores et déjà retrouver dans ce numéro une interview de Ryan Lee Crosby et Grant Smith, réalisée pour Blues & Co !

Ryan Lee Crosby, installé à Rhode Island, est l’un des musiciens adoubés par Jimmy « Duck » comme héritier du Bentonia Style, de même que Robert Connely Farr, désormais installé à East Vancouver. Ces jeunes auteurs-compositeurs-interprètes contemporains explorent le style appris à Bentonia dans la pure tradition de la transmission orale et le renouvellent. Jimmy « Duck » assume une fonction de transmission à travers le monde de cette tradition, et le Blue Front en est l’épicentre de la vague.

La semaine suivante, à deux heures trente de là, à Waterford (MS), débutait le North Mississippi Hill Country Picnic, qui regroupe lui aussi tout un panel de 27 blues bands, dont la plupart valent le détour et nous feraient nous ruer au concert si d’aventure l’un d’eux se produisait dans nos contrées. Ce festival, organisé depuis 2005, a tissé, par exemple en 2015, un partenariat avec le Blue Rules Crissier Festival (Suisse) et y a présenté quelques artistes issus de cette scène, dont Alvin Youngblood Hart, présent encore cette année 2025 à Waterford.

Un mois plus tard, fin juillet, à Holly Springs (Mississippi), c’était le Kimbrough Cotton Patch Soul Blues, fête d’anniversaire plus confidentielle mais emblématique, pour commémorer la mort de Jr Kimbrough. Sur scène, on retrouve 10 blues bands plus hétéroclites, mais quelques pépites, parmi lesquelles on peut citer Jesse Cotton Stone et son Hell Country Blues saturé, ainsi que Oliver Kostrinsky, âgé de 33 ans, qui apparaît partout cet été en enchaînant les covers survoltées, plus vraies que nature, de Kimbrough et Burnside. Le picking est précis et puissant, la voix profonde, et la passion semble le guider partout. Après son été dans le Mississippi, il fonce pour une escapade en Europe, comme nous le verrons plus loin.

Et ça continue fin septembre avec deux rendez-vous d’ampleur : le 27 septembre commence le deuxième Jessie Mae Hemphill Hill Country Blues Festival à Clarksdale, où se produisent 15 blues bands d’anthologie. Le même week-end, on fête les 77 ans du Blue Front Café (fondé en 1947). Au programme : 9 concerts, tous déjà évoqués en note, dont Shakedown South, Jimmy « Duck » Holmes (qui joue à domicile), Lala Craig, Nathalie Lynch, Ryan Lee Crosby, Glorai and the Doctro, Cam Kimbrough Reunion et Gahlia Volt, la one-woman band belge rétro installée dans le sud des USA (N.d.r. : qui a sans doute tellement influencé notre Adie OWB nationale).

En Europe, des incursions timides de la scène américaine émergent, mais en ordre dispersé : une présence discrète sur les festivals, mais pas encore de festival dédié en bonne et due forme ! C’est en Angleterre que la scène reste la plus vivante, dans la foulée de Kaspar Berry. On y trouve Lucy Pipper, batteuse charismatique dans le pur style Hill Country, qui se produit d’ailleurs en France au Bain de Blues le 24 avril avec Mississippi McDonald. On note, depuis quelques années en France, des avancées intéressantes, par exemple autour de la famille Burnside, avec un concert annoncé en 2026 pour Cédric, après des annulations successives. Mais quoi qu’il en soit, dans les festivals aussi, le Hill Country fait son nid : comme au Blues Blast Festival en mars 2025, qui a programmé Do Brother, groupe français se revendiquant explicitement du Hill Country, au Farm & Village Festival, centré sur les musiques rurales américaines, et également au Tracteur Blues ou à Cognac, qui ont programmé Adie One Woman Band cette année, dans la foulée de son nouvel album. On a aussi repéré à Cognac, en 2025, Robert Finley, qui reste un ovni du Hill Country dans l’âme.

On pourra toujours s’interroger sur la faible pénétration de ce style dans les festivals en France, mais on peut sans doute identifier quelques problématiques, comme le goût français pour le « blues-rock » ou le Chicago blues, et un public « moins initié », qui peut avoir plus de mal avec ce style répétitif et hypnotique, comptant moins de mélodies « faciles » et de solos démonstratifs, ce qui peut compliquer sa diffusion. De même, du point de vue logistique et de la programmation, les artistes, même américains, qui jouent ce style sont souvent moins médiatisés, moins « bankables », et leur programmation est peut-être plus risquée. Pour 2026, on peut s’attendre à ce que le Hill Country Blues continue de s’implanter davantage dans les circuits « blues roots » : les festivals qui valorisent l’authenticité, la scène américaine et une musique plus minimaliste, car il en a le potentiel. L’énergie et la vigueur de la scène made in USA actuelle devraient nous donner des ailes.

Des signes encourageants sont-ils à relever ? Oui ! Par exemple, la présence discrète (dans la presse) d’Oliver Kostrinsky, accompagné d’Adam Sikora (batterie et harmonica) – qui ont joué l’été passé aux USA –, lors du Sortie Blues Festival en Belgique. Ce duo énergique a également été signalé (par la mère d’Oliver, sur Facebook 😊) aux Pays-Bas, à Amsterdam, au club Waterhole, et enfin au Bali-Kino, à Berlin, en octobre 2025, pour le festival d’harmonica et quelques dates en Allemagne. On espère les voir en France prochainement !

Pour ce qui est de notre Grand Ouest, sans doute comme dans d’autres régions, des groupes ultra-locaux, peu visibles, travaillent ce style Hill Country au sens large ces derniers temps. On mentionnera, entre autres, l’excellente Adie One Woman Band et notamment sa Cigar Box Guitar, instrument original dont la pratique est partagée par Moonshine XXX, le trio de la Fat Blues Factory de Tours, Odd Berries, les deux Nantais qui cultivent un pur Hill Country nimbé de psyché 60’s, et plus loin, mais plus puissant, Dirty Deep, les Strasbourgeois qui livrent leur version d’un heavy blues solidement ancré dans le Mississippi.


EN :

2/3 – A Resolutely Hill Country Summer in the States and Across Europe

Kaspar « Berry » Rapkin and the Swamp Dogs, an English trio from Gunthorpe, dropped the second episode of their vlog in October, documenting their U.S. tour and performances at Red’s Juke Joint in Clarksdale (MS) and the Blue Front Café, home of Jimmy « Duck » Holmes—which only whetted our appetite. This format, filmed and edited live or with slight delay, immerses us in their initiatory journey, behind the scenes of these modest yet legendary venues, stripping away idealism and plunging us into the heart of our childhood dreams. The video, Juke Joint Journal, chronicles the road trip of European blues enthusiasts.

In June 2025, festival season kicked off across the pond in Mississippi, unveiling a summer full of unsung giants—little-known in France but shaping today’s Hill Country sound. Between jam sessions, festivals, and anniversaries, the summer gathered the entire American scene in Yazoo County (home to none other than Skip James). For example, from June 19–21, over three days and nights, 20 groups of flesh-and-blood artists took the stage in Bentonia, as they have every year since 1972 (N.B.: at the Bentonia Blues Festival). From here, this « joyful chaos » of a festival lets local and visiting musicians play together, debut projects, and make musical connections. It’s not uncommon for them to invite each other for a set or two—this Petri dish is the joyful lab of the Bentonia Sound. Meanwhile, offstage at the Blue Front, improvised sets and jam sessions multiply, featuring in-crowd musicians and festival-goers turned spectators. Once again, the Blue Front’s crucible is essential. Before a small, savvy audience, the jams stretch late into the night under the watchful eye of Jimmy « Duck », the venue’s tutelary figure. He released an album in 2025, Bentonia Blues / Right Now, on Ryan Lee Crosby’s label, Crossnote Records. We’ll dedicate several pages to Jimmy « Duck » and the Bentonia Style in the next issue, but you can already read an interview with Ryan Lee Crosby and Grant Smith in this one!

Ryan Lee Crosby, based in Rhode Island, is one of the musicians « knighted » by Jimmy « Duck » as a heir to the Bentonia Style, alongside Robert Connely Farr, now settled in East Vancouver. These young contemporary singer-songwriters explore the style they learned in Bentonia, rooted in oral tradition, and renew it. Jimmy « Duck » embodies a global transmission role for this tradition, with the Blue Front as its epicenter.

The following week, two and a half hours away in Waterford (MS), the North Mississippi Hill Country Picnic began, featuring 27 blues bands, most worth the detour—enough to make us rush to a show if any played near us. This festival, running since 2005, forged a partnership in 2015 with Switzerland’s Blue Rules Crissier Festival, showcasing artists like Alvin Youngblood Hart, still performing there in 2025.

A month later, in late July, Holly Springs (Mississippi) hosted the Kimbrough Cotton Patch Soul Blues, a low-key but iconic anniversary festival honoring Jr Kimbrough’s legacy. The stage featured 10 eclectic blues bands, including gems like Jesse Cotton Stone’s saturated Hell Country Blues and Oliver Kostrinsky (33), who popped up everywhere this summer, delivering electrifying, true-to-life covers of Kimbrough and Burnside. His picking is precise and powerful, his voice deep, and passion seems to guide him everywhere. After his Mississippi summer, he’s off on a European tour, as we’ll see later.

The momentum continued in late September with two major events: the second Jessie Mae Hemphill Hill Country Blues Festival in Clarksdale (featuring 15 legendary blues bands) and the 77th anniversary of the Blue Front Café (founded in 1947). The lineup included 9 concerts, all previously noted: Shakedown South, Jimmy « Duck » Holmes (playing at home), Lala Craig, Nathalie Lynch, Ryan Lee Crosby, Glorai and the Doctro, Cam Kimbrough Reunion, and Gahlia Volt, the retro Belgian one-woman band based in the southern USA (N.B.: likely a major influence on France’s Adie OWB).

In Europe, tentative forays by the American scene emerge scattered: a discreet festival presence, but no dedicated event yet! England hosts the liveliest scene, following Kaspar Berry, including Lucy Pipper, a charismatic drummer in the pure Hill Country style, who performed in France at Bain de Blues on April 24 with Mississippi McDonald. France has seen progress in recent years, like the Burnside family’s announced 2026 concert (after repeated cancellations). Still, Hill Country is carving its niche in festivals: Blues Blast Festival (March 2025) featured Do Brother, a French group explicitly claiming the Hill Country label; Farm & Village Festival (focused on American rural music); and Tracteur Blues and Cognac, which booked Adie One Woman Band this year, riding the wave of her new album. Robert Finley, spotted in Cognac in 2025, remains a Hill Country oddball at heart.

We might wonder why this style struggles in French festivals, but some issues stand out: the French taste for « blues-rock » or Chicago blues, and a « less initiated » audience that may struggle with its repetitive, hypnotic nature—fewer « easy » melodies and showy solos, complicating its appeal. Logistically, even American artists in this style are less marketable, « less bankable, » making their programming riskier. For 2026, we can expect Hill Country Blues to further embed in « blues roots » circuits—festivals valuing authenticity, the American scene, and minimalist music—because it has the potential. The energy of today’s made-in-USA scene should inspire us.

Encouraging signs? Absolutely! For instance, Oliver Kostrinsky (with Adam Sikora on drums/harmonica)—who toured the USA last summer—made a discreet appearance at Belgium’s Sortie Blues Festival. This dynamic duo was also spotted (by Oliver’s mom on Facebook 😊) in the Netherlands (Amsterdam’s Waterhole) and at Berlin’s Bali-Kino in October 2025 for the harmonica festival and other German dates. Here’s hoping they come to France soon!

In our Grand Ouest region, as elsewhere, ultra-local, low-visibility groups have been exploring Hill Country in its broadest sense. Notable acts include the excellent Adie One Woman Band and her Cigar Box Guitar; Moonshine XXX, the Tours-based trio from Fat Blues Factory; Odd Berries, the two Nantes-based musicians blending pure Hill Country with ’60s psych; and further afield, the powerful Dirty Deep from Strasbourg, delivering their take on heavy blues rooted in Mississippi.

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